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L’hypocrisie corporative

Gens travaillant dans un bureau sur ordinateurs

Je ne suis pas un fan des grandes corporations. J’ai une certaine réticence envers ce type d’entreprise. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.

Il y a quelques années, j’ai commencé mon premier emploi dans mon domaine. C’était un stage de quelques mois et j’ai commencé à travailler pour une « startup ». De manière générale, dans les petites entreprises, il y a moins de « bullsh*t » corporative. En effet, on ne vous demande pas de vous autoévaluer pour savoir si vous méritez une augmentation. On ne demande pas à votre superviseur de vous évaluer et d’avoir un pouvoir de décision sur votre augmentation de salaire. On ne vous dit pas que, si vous êtes gentil, sage et travaillant, l’année prochaine vous allez monter de niveau sur l’échelle salariale.

Lorsque j’ai commencé comme stagiaire, l’entreprise devait avoir une dizaine d’employés. C’est drôle à dire, mais je me sentais comme dans une petite famille. Les dirigeants nous faisaient sentir important et indispensable. Tout le monde se connaissait bien et j’avais un plaisir incroyable à aller travailler. Après mes études, l’entreprise m’a gardé à temps partiel jusqu’à ce que j’obtienne mon diplôme. Une fois mes études terminées, j’y ai continué à temps plein.

Bien qu’il s’agisse d’un travail d’équipe, je considère que je me suis surpassé durant les débuts de l’entreprise et ce, même en tant que stagiaire:

  • J’ai déjà travaillé un 25 décembre à plusieurs reprises;
  • J’ai déjà travaillé 50 heures par semaine, à de nombreuses reprises, alors que l’entreprise ne me payait que 40 heures par semaine;
  • J’ai déjà travaillé la fin de semaine, alors que je n’avais pas un horaire de fin de semaine et que je n’avais pas été avisé;
  • J’ai travaillé à distance, durant mes heures de cours, parce qu’il y avait des problèmes;
  • J’ai relevé tous les défis que l’entreprise me donnait, je me suis formé à plusieurs reprises, durant mon temps personnel, pour être en mesure de répondre aux besoins de l’entreprise.

De startup à corporation

Rapidement, la « startup » a pris de l’expansion. Elle est devenue une grosse corporation avec des investisseurs. Une hiérarchie a été mise en place avec les fameux titres et un département de ressources humaines a été créé. Les deux fondateurs, qui étaient très proches de leur petite équipe du début, sont devenus distants avec les anciens employés. La seule chose qui semblait maintenant les intéresser c’était la croissance du chiffre d’affaire de l’entreprise. Au bureau, il était possible de voir ce chiffre en temps réel sur une télévision. Mois après mois, ce chiffre doublait et même triplait devant les yeux de tous. Ayant maintenant les moyens et étant en croissance exponentielle, l’entreprise engageait des nouveaux employés. Certains anciens employés pensaient être en bonne posture. Ils pensaient que leur loyauté, travail soutenu et croyance en l’entreprise depuis ses débuts leur permettrait d’être récompensé avec des postes et salaires plus intéressants. Après tout, depuis le tout début, les dirigeants leurs disaient comment ils étaient indispensables!

L’entreprise a effectivement décidé de les récompenser avec des nouveaux postes et une légère augmentation de salaire. Ces anciens employés, qui savaient parfaitement comment fonctionnait l’entreprise et savaient comment faire leur travail, se sont vu offrir des postes juniors plus « officiel ». Résultat : un nouvel employé, avec aucune expérience dans cette entreprise, avait des bonnes chances de recevoir un salaire exactement pareil ou plus élevé pour le même poste que les anciens employés. En d’autres mots, être un ancien employé n’apportait aucun avantage. C’est à ce moment que certains anciens employés ont commencé à quitter l’entreprise.

Mon départ

Personnellement, l’histoire d’amour entre moi et l’entreprise s’est terminée lorsqu’on m’a refusé une augmentation de salaire de 2 000 $ brut. Je ne comprenais tout simplement pas. En 3 ans, je n’avais jamais rien demandé et j’étais un des plus anciens employés dans l’entreprise. J’avais un salaire plutôt normal pour mon métier et le 2 000 $ était simplement parce que je voulais atteindre le chiffre rond sur mon salaire annuel brut. Je savais que l’entreprise avait les moyens et j’étais persuadé que ma demande serait approuvée sur-le-champ. Malheureusement, après tous les efforts et heures supplémentaires que j’ai investis dans l’entreprise, on m’a tout simplement dit non. Abasourdi, j’ai pris plusieurs mois pour digérer la nouvelle. J’ai ensuite annoncé à mon directeur (que j’ai moi-même formé et qui était dans l’entreprise depuis moins longtemps que moi) que je donne ma démission. Il m’a donné un bonus en espérant que je reste. Il m’a également offert un nouveau poste junior « officiel » avec une augmentation de salaire. Le bonus était de 2 000 $ brut et l’augmentation de salaire était de 5 000 $J’ai pris le bonus et j’ai quitté après quelques mois supplémentaires où j’essayais, en vain, de me convaincre de rester. Au bout de la ligne, je n’avais tout simplement jamais digéré le fait qu’on m’avait refusé une augmentation de 2 000 $ brut.

La morale de l’histoire

Je n’écris pas cette histoire pour faire pitié ou de dénoncer de l’abus des corporations. En fait, contrairement à ce que je pensais sur le coup, tout ce qui est arrivé est très normal. J’étais un simple employé qui venait sortir de l’Université. D’ailleurs, je n’ai pas pris de risques et je n’ai pas fondé l’entreprise. Il faut dire aussi que j’ai été très naïf de croire que dans la vie les employés dédiés envers une entreprise depuis ses débuts seront récompensés. C’est une expérience similaire que doivent vivre plusieurs personnes qui sortent fraîchement de l’école et qui se rendent compte que la vie de salarié, c’est plutôt décevant.

J’ai appris les leçons suivantes de mon aventure:

  1. L’unique vraie mission d’une entreprise c’est de faire de l’argent à ses investisseurs et ses propriétaires.
  2. Un employé est seulement un moyen pour l’entreprise de s’enrichir encore plus.
  3. Les entreprises se créent des missions. Généralement, quelque chose de ce genre :  offrir un service ou produit de qualité aux clients. Ces missions sont créées seulement pour les employés et les clients, parce que la seule mission d’une entreprise, c’est le point #1.
  4. Les entreprises rendent leurs environnements de travail plus intéressants et stimulants pour attirer des nouveaux employés, garder les employés existants et rendre les employés plus performants. Il est généralement faux de dire qu’elles le font parce que les employés leur tiennent à cœur.
  5. La loyauté en entreprise n’est pas récompensée.
  6. Il est préférable de changer d’entreprise que d’espérer une augmentation de salaire. Changer d’entreprise va toujours être plus rentable à cause du point #5.
  7. En entreprise, se démarquer, faire et donner plus ne signifie pas recevoir autant en retour.
  8. La « bullsh*t » et l’hypocrisie corporative existent. Elles vont essayer de camoufler le fait qu’au final, tout le monde fait ce qu’il fait pour l’argent.

Aujourd’hui, je ne fais plus rien de ce que je faisais et je ne le referais plus jamais. Travailler un 25 décembre? Jamais! Travailler 50 heures par semaine et être payé seulement 40? Je veux avoir mes 10 heures en temps supplémentaire. Je suis devenu volontairement « paresseux » et je n’essaie plus de donner mon 200 % au travail. Donner son 100 % est très suffisant!

2 réflexions sur “L’hypocrisie corporative”

  1. Dommage pour votre expérience de travail …
    … vous aller vous rendre compte, avec le temps, que tout est une question de culture d’entreprise. C’est très, très, très important la culture d’entreprise.

    J’ai travaillé pour de très grandes banques à l’étranger. J’ai toujours été très bien payé et je travaillait dans un environnement hyper stimulant et très familial. Comment est-ce possible ? Et bien je connaissais les banques pour lesquelles j’ai travaillé. Il y en a par contre pour qui je n’aurais jamais travaillé. Des cultures toxiques, ça peut arriver partout. Un changement d’admin et hop, changement de culture…

    À mon retour au pays, j’ai travaillé pour de petites entreprises, plus familial, je croyais. Quel déception. Ambiance toxique, mauvais managers, aucun leaders. J’ai aussi travaillé pour des startups à ma “retraite”. Encore une fois, je peux dire que tout dépend de la culture d’entreprise, ou de ses fondateurs, dès le début. L’argent ou l’aide qu’on reçoit, ce que les fondateurs en font (l’argent peut changer les gens…) ou ce que les nouveaux managers ont prévu pour l’entreprise (je crois que les fondateurs de ta startup n’ont pas bien choisi les managers expérimentés, ou n’ont pas choisi en fonction de la culture d’entreprise).

    C’est vrai qu’on ne devrait pas mettre trop de confiance dans l’entreprise qui nous engage, elle peut nous quitter à tout moment. C’est vrai que le but premier de l’entreprise est d’assurer une certaine profitabilité pour la pérennité de l’entreprise. Mais grosse ou petite, tout dépend de la culture de l’entreprise. Vous aimez la mission, vous partager le vision, alors bravo. Vous avez la même culture … alors jackpot. À son compte ou pour quelqu’un d’autre, il faut juste être capable de s’épanouir dans ce qu’on fait.

    1. Oui, la culture d’entreprise est importante, c’est vrai. Je pense que j’ai assisté au fait que l’argent change effectivement les gens. J’étais bien à l’aise avec la culture d’entreprise à ses débuts, mais elle s’est transformé pour devenir une culture où faire du profit est devenu plus important que d’innover et de faire les choses mieux et différemment. Certaines personnes se laissent complètement corrompre par l’argent et c’est triste d’assister à cette transformation.

      Malheureusement, faire du profit sera toujours plus important pour les entreprises que tout autre chose et c’est la triste constatation que j’ai fait après ma première vraie expérience dans mon domaine. Il faut faire comme tu dis, on ne devrait pas mettre trop de confiance dans l’entreprise et il faut toujours se rappeler que tout le monde travail pour de l’argent au final. C’est bien les jolies missions des entreprises et dire aux recruteurs qu’on est passionné par quelque chose lors de l’embauche, mais au final la réalité est bien simple: ils ont besoin d’un employé pour combler un poste pour faire plus d’argent et j’ai besoin de l’argent pour payer mes factures!

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